C’est un vestige historique de la conquête de la montagne : le premier téléphérique construit en France ayant pour but d’accéder à l’Aiguille du midi. Voici la visite de la gare intermédiaire de la Para cachée dans la forêt à 1700 mètres d’altitude.

Les débuts du téléphérique

Début 1900, Wilhelm Feldmann , ingénieur allemand, élabore « l’ascenseur de montagne ». Deux cabines suspendues à des câbles tendus. Il réussit à obtenir une concession afin d’équiper les pentes du Wetterhorn qui est un sommet du massif des Alpes à 3 690 m d’altitude, dans le canton de Berne en Suisse.

Le premier téléphérique suisse pour le transport public de passagers au Wetterhorn en 1909.
ETH Bibliothek Zurich

Emil Strub, ingénieur et inventeur suisse et l’investisseur Rodolphe de Salis s’associe à Wilhelm Feldmann afin de réaliser ce projet sur d’autres sommets européens. C’est ainsi que nait le projet d’atteindre par ce nouveau moyen de transport le sommet de l’Aiguille du Midi au cœur du Mont Blanc.

Chamonix, le Mont Blanc et ses glaciers

Le Mont Blanc proposant une superbe vue et un relief propice aux sports d’hiver, l’idée d’y implanter un téléphérique de démonstration ainsi qu’une activité commerciale afin d’y développer le tourisme à 3600m d’altitude leur semble être une bonne idée.
Le tracé imaginé aurait pour départ le hameau des Pélerins, à deux kilomètres de Chamonix, avec deux funiculaires qui achemineraient au pied de l’Aiguille du Midi, puis trois sections d’ascenseurs de montagne prendraient le relai afin de rejoindre le sommet.

Représentation du tracé Feldmann et Strub avec 2 funiculaires et 3 ascenseurs. (DP, coll. Laurent Berne)
Source : https://www.remontees-mecaniques.net

Le projet s’avère finalement difficile. En effet, si l’accès à la concession fait vite l’unanimité, il en va autrement concernant les expropriations nécessaires à la construction de la voie ferrée du premier funiculaire. Pour ne rien arranger, Wilhelm Feldmann décède d’un accident de chasse.
Emil Strub se rapproche de l’ingénieur milanais, Giulio Ceretti qui a déjà réalisé plusieurs projets d’ouvrages métalliques aériens. Ils dessinent ensemble un système de « chemin de fer suspendu » et modifient le projet en conséquence.

La gare des Pélerins, (Maurice Thormeyer). Source : https://www.remontees-mecaniques.net/

Emil Strub, décède en 1909, mais Giulio Ceretti, continue le projet. La première gare, celle des Pélerins, est achevée en 1911. S’en suit la gare de la Para. Mais la section entre la Para et la gare des Glaciers ne se passe pas comme prévu : des soucis de terrain compliqué, des malfaçons sur le chantier et pour finir le début de la Première Guerre Mondiale qui met totalement à l’arrêt le chantier.
En 1921 un nouveau protagoniste reprend le projet, Joseph Vallot. L’inscription de la ville de Chamonix afin de recevoir les premiers Jeux olympiques d’hiver en 1924 est acceptée. La construction d’infrastructures en conséquence, permet de remettre le projet du funiculaire aérien de l’aiguille en marche.

Le tronçon Les Pèlerins- La Para

Malheureusement les problèmes techniques continuent et le funiculaire ne pourra pas être terminé pour les jeux olympiques. Seul la section Les Pélerins – La Para peut être inaugurée le 1er juillet 1924 et devient la première « ligne téléférique pour voyageurs » de France. Le tronçon accueille les touristes à 1700 mètres d’altitude, à la gare intermédiaire de la Para. Trois années de plus, seront nécessaires afin de réaliser le tronçon suivant : La Para – Les Glaciers. Il sera mis en service en 1927.

Si le service est désormais assuré, le projet d’atteindre le Col du Midi est toujours présent. Le projet de prolongement reprend non sans difficultés.
La Seconde Guerre Mondiale s’invite également, retardant son élaboration. Le projet a été tellement étalé dans le temps que les avancées technologiques ont continué et que les premiers tronçons s’avèrent obsolètes. La structure en elle-même vieillie mal et des problèmes structurels couplés au gel rendent l’édifice dangereux. Un nouveau tracé est donc proposé. Finalement le téléphérique du Col du Midi est abandonné définitivement en 1948.

Son exploitation publique stoppa en 1951 au profit de la nouvelle ligne de l’aiguille du Midi. Les installations seront parfois utilisées jusqu’en 1958 pour l’entretien des lignes à haute tension.

Qu’est devenu le téléphérique ?

Depuis le téléphérique est en état d’abandon. L’ancienne gare des Glaciers est en cours de démontage selon un article posté en 2017. Je ne m’y suis pas rendu car le dénivelé est important. Il faut trois ou quatre heures de marche pour y accéder et j’avais peur de ne trouver que très peu de vestiges. Je me suis concentrée sur la gare de la Para, qui me faisait rêver depuis quelques années.
Une heure de marche avec un dénivelé de 400 mètres est nécessaire pour accéder à la gare dans la forêt. C’est une balade bucolique, avec parfois au détour du chemin quelques vestiges du téléphérique.

Puis nous découvrons la massive gare de la Para, perdue sur son rocher, entourée d’arbres. Nous faisons le tour pour découvrir le mécanisme du téléphérique. La forêt a englouti les pylônes et la vue est relativement différente des photos que j’ai pu glaner sur le net. Néanmoins, l’ambiance est présente et c’est assez magique de pouvoir toucher du doigt ce témoin du passé.
On entre par le départ du deuxième tronçon avec sa cabine encore présente.

Le départ du deuxième tronçon La Para vers la station Les Glaciers. Une seule cabine de voyageurs Heckel des années 1920/1930 est encore présente

Puis un escalier permet d’accéder à un deuxième niveau, celui de l’arrivée du premier tronçon. On peut encore voir les réclames d’époque sur le quai d’arrivée (depuis la gare des Pèlerins) ainsi que dans l’escalier. Une pour Dubonnet, un vin apéritif créé en 1846, (qui a la base était un médicament contre le paludisme). L’autre pour Ambre Solaire, un onguent pour protéger la peau du soleil, créée dans les années trente.

Tout en bois, on peut découvrir en levant la tête le poste de conduite du premier tronçon. Entre le premier et le second tronçon, on peut apercevoir une partie de la machinerie avec câbles et contrepoids.

Le poste de conduite du premier tronçon / machinerie et contrepoids

En ressortant de la gare et en faisant le tour, on peut accéder à l’intérieur du poste de conduite. Malheureusement celui-ci est en très mauvais état et il est trop dangereux de s’y risquer.
On peut néanmoins visiter un local technique de la machinerie de la première section où il reste encore arbre et poulies.

Le poste de conduite vu de l’intérieur du local machinerie du premier tronçon

Nous ressortons et en contrebas nous voyons une autre installation. Nous descendons et cherchons un accès. Un pylône avec un autre local de machinerie nous y attend, ainsi qu’un superbe panorama.

La visite s’achève et j’ai l’impression d’avoir réalisé un rêve de plus. Je n’avais jamais eu l’occasion de visiter un téléphérique abandonné et je voulais vraiment pouvoir le vivre. Il m’aura fallu 5 ans, peut-être plus pour enfin pouvoir m’y rendre. Malheureusement, les photos présentes dans cet article ne reflètent en rien la réalité du site. J’ai voulu illustrer le mieux possible le sujet que je souhaite vous partager. Seulement depuis quelques années le site a été détérioré et surtout fortement tagué et cela malgré sa difficulté d’accès. De nombreuses heures ont donc été nécessaires à la retouche des photos. Dans un souci d’honnêteté, je poste également les images sans retouche, afin de vous rendre compte des dégâts.
Cela fait tout de même mal au cœur de voir ce patrimoine ainsi salopé et il est bien dommage que rien n’ait été fait pour le préserver plus.

Sources :

Partager.

Auteur

Exploratrice et photographe passionnée d’histoire, mon travail s’articule autour de 2 axes : la photographie documentaire et la photographie artistique. Je réalise des reportages sur les souterrains et lieux abandonnés dans un but documentaire et réalise des photos témoignages afin de garder une trace de ce patrimoine oublié. Mes séries de photos artistiques, réalisées dans des lieux abandonnés deviennent le décor de mises en scène où elle exprime son ressenti des lieux, les sublime et les fait renaître le temps d’une image, en mélangeant rêve et réalité afin de s’approprier le lieu.

Un commentaire

  1. Mille merci pour ce témoignage de ces vestiges. Vous nous transportez sur place avec votre texte et très belles images.

Laisser une réponse

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.